Vientiane a été une belle surprise car je n'avais pas la moindre idée à quoi m'attendre. Capitale minuscule, touristique mais pas trop, bien différente du reste du Laos mais agréable pour quelques jours tout de même. Séjour qu'on a passé en l'agréable compagnie de Bunna et Ashlea, un couple d'amis d'Atlanta, rencontré à la frontière durant l'attente de notre visa, typique pour les pays communistes. L'influence française est palpable et je dois avouer que j'ai beaucoup apprécié le vin rouge et les délicieux sandwichs faits avec pain baguette, denrées rares et dificiles à trouver dans les autres pays visités jusqu'à maintenant.
J'ai eu la chance de visiter le centre COPE, intéressant pour tous, mais peut-être davantage pour une physio. C'est d'abord un centre de réadaptation et de fabrication d'orthèses pour les victimes de UXO (unexploded ordnance, bombes non désamorçées) puisque malheureusement le Laos fut le pays le plus bombardé de l'histoire, vers la fin de la guerre du Vietnam, en raison de la proximité du "Ho Chi Minh trail". Plusieurs enfants sont impliqués dans les accidents en cherchant du métal à revendre et en tombant par hasard sur les bombes. Je fus très émue par les témoignages entendus sur place au centre pour les visiteurs. Et même si je n'ai pas pu visiter la salle de traitement qui est fermée au public, j'ai été très inspirée par le projet. Y revenir un jour comme bénévole serait un projet formidable. Une autre idée à ajouter à ma longue liste... Ils ont une équipe de chirurgiens, d'orthésistes, de physios et d'ergos qui offrent des services gratuits aux victimes mais aussi à plusieurs autres patients qui ont besoin de traitement divers inexistants dans le reste du pays.
J'ai aussi eu une remise en question sur le tourisme en général. Le tourisme brutal, qui change tout selon les envies des voyageurs. Vang Vieng a été un choc. Ville de "party" en déclin (pour cause de gens trop saouls, morts noyés dans la rivière ou autres accidents aussi ridicules) au milieu d'un décor enchanteur où les gens viennent pour faire la fête et regarder des épisodes de "Friends" dans les restos en mangeant leur bouffe occidentale. Bien entendu, les gens locaux répondent à la demande en offrant ce que les gens veulent: bars, restos, decentes de rivières sur tubes gonflables, glissades, zipline etc. Bien sûr, je suis là, touriste comme les autres et je fais partiellement partie du problème, mais je crois qu'il y a une façon de voyager autrement, en respect avec les coutumes locales. Les gens sont très pudiques au Laos et on voit partout des affiches demandant aux touristes de respecter les habitudes des locaux (par exemple de ne pas se promener en maillots de bain, ou sans T-Shirts pour les gars, pas de démonstrations publiques d'affection, etc.). Malgré tout, personne ne semble respecter cela et ça me dépasse.
Un jour, par hasard, en se promenant en scooter sur une route de terre hors de la ville, nous sommes passés à côté d'une ferme biologique à la recherche de bénévoles pour leur projet communautaire. Le projet Saelao. Me faire accueillir par une québécoise a sûrement aidé à me faire immédiatement sentir chez moi (merci Marie-Pier!) et le lendemain nous étions déménagés sur le site magnifique comme volontaires pour la semaine! Quel bon choix que de se poser quelque part au milieu des montagnes, grottes et lagons bleus et de participer au projet. C'est l'initiative d'un gars local, Senkeo, ayant habité 10 ans au Canada. Lorsqu'il est revenu dans son pays, il a constaté dans quel état sa ville natale était rendue et a décidé de faire les choses autrement. L'idée est de monter un projet local, communautaire et durable qui puisse profiter aux villageois du coin et leur en démontrer les bienfaits. Ils utilisent par exemple les déchets organiques dans leur système de biogaz et produisent du méthane qu'ils utilisent pour cuisiner et les restes comme engrais ou bouffe pour les poissons. Un centre communautaire est déjà construit et sera éventuellement mis en fonction pour les jeunes et pour offrir des présentations aux gens des villages. Ils s'impliquent dans les écoles du coin et donnent des cours d'anglais gratuits le soir. Des gens locaux habitent sur place et sont employés pour les travaux réguliers. Le projet est inspirant mais encore jeune, ne fonctionnant pas du tout à son plein potentiel. Ce qui veut dire que tout est encore à faire. Ce qui veut aussi dire qu'on a passé plusieurs jours à creuser, défricher, se faire piquer par les fourmis, creuser et défricher encore, couper des bouteilles vides (qu'ils bruleraient sinon, faute de système de recyclage) pour construire des toits protecteurs pour les jardins en prévision de la saison des pluies. Le tout récompensé par une bonne beerlao (ou 2) et une baignade quotidienne au lagon bleu, où l'on peut sauter d'une branche d'un arbre ou s'élancer au bout d'une corde!
Le manque flagrant et frustrant d'organisation (un coordonateur temps plein serait requis) fut fortement compensé par les merveilleuses rencontres que nous avons faites et le plaisir de faire un peu (beaucoup) de travail physique, parfoit digne du treeplanting. Le projet attire des gens qui ont un peu la même vision des choses que nous et nous nous sommes faits plusieurs amis que nous reverrons au cours de se voyage (à Berlin) ou de retour au Québec. Jon a même eu ce qu'il appelle lui-même une "bro-mance" d'une semaine avec notre ami Sean rencontré sur place. Il a littéralement passé la semaine avec lui, à parler de son inspirant voyage à moto de Singapore vers l'Inde, de sciences et autres! La seule histoire malheureuse de toute cette semaine là fut ma malchance de ne pas voir un petit bout de roche caché dans une boule de riz collant (sticky rice) , de me craquer une dent dessus et de devoir retourner en ville voir un dentiste d'urgence! Toute qu'une expérience quand on aime déjà pas les dentistes à la maison! Rien n'est propre, la dame ne parle pas anglais, je comprends qu'on va me faire un plombage temporaire... et hop, 20 minutes et 12$ plus tard, je suis à nouveau sur la rue, me demandant combien de temps le plombage tiendra! A suivre! ;)
Nous sommes maintenant en route pour le nord du Laos, en arrêt pour quelques jours à Luang Prabang, capitale des cafés et pâtisseries! Profitons de la chaleur car les jours avant la Sibérie sont maintenant comptés!
